La colonisation sanglante, qui a décimé une grande partie de la population a également dispersé les communautés et réduit de façon drastique la taille de leurs territoires. Ainsi, le peuple Guarani se trouve loin de ses Tekoha, confiné dans des petits parcelles, ou pire encore, sans aucune terre.

Avec leurs terres envahies, les Guaranis du continent entier voient les fermiers et les multinationales tirer profit de l'exploitation des ressources naturelles de leurs territoires à travers des récoltes de sojas, de canne à sucre et de cellulose valant des milliards, en extrayant des minerais et en privatisant la nature au profit de l'industrie touristique pendant qu'eux vivent dans une situation qualifiée de génocide par des organismes internationaux.

Malgré le fait qu'ils soient la plus grande population d'un peuple indigène au Brésil, ce sont aussi ceux dont les droits sont les moins reconnus par l'État, principalement le droit à la terre avec en moyenne moins d'un demi-hectare par Guarani. Il reste encore 95% des terres à reconnaître dans tout le Brésil.

Sans terre à cultiver ni moyen d'assurer leur alimentation, le peuple Guarani a vu 183 enfants de moins de 5 ans mourir de malnutrition entre 2003 et 2005, le taux le plus important parmi les peuples indigènes du Brésil.

Vivant dans des baraquements improvisés au bord des routes ou confinés dans des petits espaces ils sont confrontés à tous types de violence. On distingue notamment les cas d'assassinat et de suicide dans le Mato Grosso do Sul. Une étude du Conseil Indigéniste Missionnaire recense 68 suicides entre 2003 et 2005. Des études anthropologiques lient également ces suicides au manque de terre et et de perspective de vie des plus jeunes. Pendant cette période 60 assassinats ont été comptabilisés parmi les Guaranis.

Les assassinats sont en général des meurtres de militants commandités par des fermiers et des conflits entre les Guaranis eux-mêmes concernant le leadership de la communauté et des parcelles ou ils se trouvent. Ces conflits sont attisés par des intérêts économiques des groupes d'envahisseurs qui occupent les terres traditionnelles du peuple Guarani et refusent d'en sortir.

Les professeurs Guarani ont un rôle extrêmement important dans le processus actuel de lutte du peuple, en les aidant à interpréter le monde qui les entoure et en formant par le biais de l'histoire interculturelle, de nouveaux militants, conscients de leur histoire, de leur culture et de leurs droits garantis par la Constitution brésilienne.

Au Brésil, les Guaranis se servent des formes traditionnelles d'organisation dans la lutte pour leurs droits. La réappropriation des terres se fait avec la participation de toute la communauté. Très souvent, ce sont les femmes qui mènent la lutte pour la terre, car ce sont elles qui ressentent au quotidien les problèmes causés par le manque de terre (comme la malnutrition des enfants). Où qu'ils se trouvent, les Guaranis persistent inlassablement à rester sur leur territoire. On peut citer les exemples médiatisés des luttes pour la reconquête des terres Morro dos Cavalos dans l'État de Santa Catarina, de Nhanderu Marangatu dans le Mato Grosso do Sul et de Tupinikim/Guarani dans l'Espírito Santo.


"Nos terres sont envahies, nos terres nous sont reprises, la taille de nos territoires est diminuée (et) nous ne sommes plus en condition de survivre. Nous voulons dire à Votre Sainteté notre misère, notre tristesse face à la mort de nos dirigeants assassinés froidement par ceux qui nous prennent notre sol, ce qui pour nous représente la vie elle-même et notre survie au sein de ce grand Brésil qui prétend être un pays chrétien.

Saint-Père, nous plaçons de grands espoirs dans votre visite dans notre pays. Veuillez emporter notre clameur, notre voix, vers d'autres territoires que les nôtres et que le peuple nous écoute, qu'une population plus humaine lutte pour nous, parce que notre peuple, notre nation indigène est en train de disparaître du Brésil."


Discours réalisé par Marçal Tupã-i devant le Pape Jean-Paul II en 1980 à Manaus. Principale figure de la lutte des Guaranis pour la terre, Marçal a été assassiné trois ans plus tard sur la terre Marangatu dans le Mato Grosso do Sul, par des tueurs à gage d'un propriétaire terrien. Aujourd'hui encore, personne n'a été condamné pour ce crime et la terre Marangatu n'a toujours pas été définitivement reconnue par l'État brésilien.